13. Diagnostic, examens complémentaires et évaluation de l’activité de la maladie : ANCA

A.Définition et cibles antigéniques

Les anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA) sont des auto-anticorps dirigés contre des antigènes contenus dans les granules primaires des neutrophiles et les lysosomes des monocytes.

  • Les principales cibles pathologiques sont la myélopéroxydase (MPO) et la protéinase 3 (PR3).
  • D’autres protéines peuvent également être reconnues (BPI, lysozyme, élastase, cathepsine…).
  • Au cours de la phase active de la maladie, les ANCAs appartiennent le plus souvent à la classe IgG, mais des formes IgM et IgA ont aussi été rapportées.

B. Méthodes de détection

  • Le test immuno-enzymatique (ELISA ou immuno-essai) est désormais recommandé en première intention pour toute suspicion de VAA, permettant de confirmer la spécificité anti-MPO et/ou anti-PR3 et d’en quantifier le titre.
  • L’immunofluorescence indirecte (IFI), sur neutrophiles fixés, montre un profil périnucléaire (pANCA, le plus souvent anti-MPO) ou cytoplasmique (cANCA, le plus souvent anti-PR3). Elle peut être proposée en seconde intention si l’ELISA est négatif malgré une forte suspicion clinique.
  • En situation d’urgence (suspicion d’atteinte rénale ou pulmonaire sévère), un dot-blot permet une détection rapide des IgG PR3-ANCA, MPO-ANCA et/ou anti-membrane basale glomérulaire (anti-MBG)
  • La présence d’ANCA peut être mise à défaut quand l’anticorps en cause est une IgA ou une IgM, pouvant être recherchée par des tests spécifiques.

C. Corrélation clinique

  • Type d’ANCA (Tableau 4) :
    • Les PR3-ANCA sont le plus souvent associés à la GPA
    • Les MPO-ANCA sont souvent associés à la PAM ou la vascularite rénale limitée
    • La corrélation entre le type d’ANCA et le phénotype clinique n’est pas absolue
  • Variation du titre d’ANCA :
    • Le titre d’ANCA tend à diminuer sous traitement.
    • Les patients devenus ANCA négatifs rechutent plus rarement.
    • Une ré-ascension du titre peut précéder une rechute, en particulier rénale.
    • Cependant, les variations isolées du titre d’ANCA ne doivent pas conduire à modifier le traitement en l’absence de signes cliniques ou biologiques associés.

D. ANCA Atypiques et faux positifs (Tableau 4)

  • Des profils atypiques (positifs en IFI mais négatifs en immuno-essai) peuvent être observés dans certaines maladies non vasculitiques :
    • Maladies auto-immunes (ex. lupus systémique),
    • Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI),
    • Cholangite sclérosante primitive,
    • Mucoviscidose,
    • Certaines infections chroniques (endocardite, tuberculose, VIH, hépatite C, bartonellose).
    • Lymphomes
  • La coexistence d’anti-MPO et anti-PR3 chez un même patient est rare et suggère fortement une vascularite induite par médicament ou un toxique (notamment le levamisole).

E. Vascularites pauci-immunes à ANCA négatifs

  • Environ 10 % des patients présentent une VAA typique (clinique et histologique) sans ANCA détectable.
  • Ces formes se caractérisent par une atteinte plus souvent limitée au rein.
  • Elles pourraient correspondre à des formes anti-MPO dirigées contre des épitopes restreints, non détectés par les tests conventionnels.
Tableau 4. Proportions de patients avec anticorps anti PR3 et anti-MPO dans les VAA et affections non vascularitiques
CJNephro

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