BJN#151 – Pour bien dormir, mieux vaut être au sec !

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BJN#151 – Pour bien dormir, mieux vaut être au sec !

Effect of bioelectrical impedance analysis-guided dry weight adjustment, in comparison to standard clinical-guided, on the sleep quality of chronic haemodialysis patients (BEDTIME study): a randomised controlled trial

Merci à Flora Brunner, néphrologue à Marseille et membre du comité scientifique du CJN, pour cette synthèse bibliographique. Vous aussi, n’hésitez pas à nous envoyer vos lectures !

Introduction :

Les troubles du sommeil (en particulier les insomnies et les syndromes d’apnées du sommeil) sont fréquents chez les patients traités par hémodialyse et entraînent une altération de la qualité de vie et une augmentation de la morbi-mortalité.

L’hypervolémie (surtout via le SAOS) est associée aux troubles du sommeil chez l’hémodialysé chronique, ce qui suggère que l’optimisation de la volémie pourrait améliorer la qualité du sommeil de ces patients (cf schéma).

Dans cette étude contrôlée randomisée, les auteurs évaluent l’impact de l’ajustement du poids sec grâce à l’bio-impédancemétrie (BI) versus ajustement par l’examen clinique sur la qualité du sommeil.

Méthodes :

Il s’agit d’une étude bicentrique, randomisée, contrôlée,  en simple aveugle réalisée dans deux hôpitaux de Bangkok.

Les critères d’inclusion sont une altération de la qualité du sommeil définie par un index de qualité du sommeil de Pittsburg >5 et une hypervolémie subclinique définie comme un état euvolémique lors de l’examen clinique mais avec un rapport eau extracellulaire/eau totale à la BI > 0,4.

Les patients étaient répartis en 2 groupes : le groupe avec ajustement du poids sec grâce à la BI et le groupe avec ajustement clinique du poids sec.

Lorsque la BI était en faveur d’une hypervolémie le poids était diminué de 0,2 kg/semaine jusqu’à obtention d’une BI en euvolémie. Les patients pouvaient recevoir des benzodiazépines mais le traitement ne devait pas être modifié pendant l’étude.

La qualité du sommeil était évaluée dans les 2 groupes via l’index de qualité du sommeil de Pittsburg (PSQI), l’échelle du sommeil d’Epworth (EES) et l’actigraphie au début de l’étude puis à M1 M3 M6 après randomisation.

L’actigraphie permettait dans cette étude de s’affranchir de la polysomnographie qui doit être réalisée en milieu hospitalier.

Les patients portaient le moniteur d’actigraphie au poignet pendant 7 jours.

Le critère de jugement principal de l’étude était la différence moyenne observée entre les 2 groupes sur la qualité du sommeil mesurée objectivement (actigraphie).

Les critères secondaires étaient la différence observée entre les 2 groupes sur la qualité du sommeil mesurée subjectivement via les questionnaires PSQI et ESS.

Résultats :

Dans cette étude, 19 patients ont été randomisés sur la période de juillet à septembre 2016. Les caractéristiques cliniques étaient similaires dans les 2 groupes : âge moyen 63.53 ± 11.12 ans ;  43,1% de sexe masculin ; IMC moyen 23.45 ± 5.81 kg/m2 ; eKt/V = 2.03 ± 0.43 ; presque 90% des patients étaient hypertendus et 58% étaient diabétiques.

Les benzodiazépines étaient prescrites chez 10,5% des patients.

Le critère de jugement principal soit la modification de la qualité du sommeil mesurée objectivement par actigraphie avec l’ajustement du poids sec par BI n’était pas différent entre les 2 groupes.

En revanche, concernant les critères secondaires on notait une diminution du score PSQI dans le groupe BI avec une différence significative à partir de 3 mois et qui se confirmait à 6 mois (cf figure).

Par ailleurs il n’y avait pas de différence en terme d’effets indésirables (crampes, vertiges, hypotension) entre les 2 groupes.

Conclusion :

Cette étude contrôlée randomisée suggère un impact positif de l’optimisation du poids sec via la bio impédancemétrie sur la qualité du sommeil des hémodialysés.

Points positifs :

  • étude originale qui aborde une thématique peu étudiée mais avec un fort retentissement sur la qualité de vie des patients dialysés

Points négatifs :

  • pas d’utilisation de la polysomnographie qui est le gold standard pour étudier les troubles du sommeil
  • population non forcément représentative (ex : BMI moyen 23)

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