BJN#154 – « Cracher pour détecter la maladie rénale chronique ? »

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BJN#154 – « Cracher pour détecter la maladie rénale chronique ? »

Salivary creatinine as a diagnostic tool for evaluating patients with chronic kidney disease 

Merci à Valentin Maisons, Interne en  néphrologie à Tours et membre du comité scientifique du CJN, pour cette synthèse bibliographique. Vous aussi, n’hésitez pas à nous envoyer vos lectures !

Introduction

Tout le monde se souvient de « Kuzco l’empereur mégalo » incontournable héros péruvien de Disney réincarné en lama producteurs d’abondants crachats.

*Kuzco le lama de Disney

Ces crachats contiennent un grand nombre de substances dont la créatinine, utilisée dans le sang pour définir l’insuffisance rénale aigue ou chronique. Des travaux actuels montrent que l’on pourrait peut-être utiliser cette substance pour dépister la maladie rénale chronique. Des néphrologues sud-Africains ont donc décidé de se pencher sur la question via une étude de corrélation entre les taux de créatinine sanguine et salivaire chez les insuffisants rénaux chroniques.

 

Patients/matériels et méthodes

Il s’agit d’une étude de corrélation sur 230 patients adultes insuffisants rénaux chroniques de stades 1 à 5, soit 40 à 50 patients par groupe, recrutés entre février et mai 2017. La salive était collectée de 9h à 12h pour minimiser les variations du cycle nycthéméral. Les patients devaient être à jeun depuis au moins 90 minutes. Ensuite il existait un recueil concomitant d’un unique échantillon de salive et de sang pour envoi au laboratoire.
Des analyses de corrélation via coefficient de Spearman et courbes ROC étaient effectuées.

 

Résultats

Au niveau de la population on avait assez peu de données. Nous savions en revanche qu’il y avait 61,3% de femmes.

Il n’existe pas de corrélation significative au stade 1 de la maladie rénale chronique.
En revanche il existe une corrélation modérée (R de 0,3 à 0,5) des stades 2 à 4, et même une corrélation forte (R > 0,5) au stade 5.

La courbe ROC retrouvait une AUC à 0,89 (erreur standard 0.028, p-value <0.001, intervalle de confiance 0.784-0,894).

A partir de cette étude, un seuil à 8,5µmol/L de créatinine urinaire a été déterminé sur la base d’une valeur estimée du DFG < 60mL/mn. Cela donnait une sensibilité à 78,8% (21,7% de FN), une spécificité à 74% (26% de FP) et une valeur positive prédictive à 79,6%.

 

Conclusion

Nous sommes confrontés en permanence à des patients :

  • Dont la maladie est relativement peu connue du grand public
  • Dont l’atteinte et les symptômes sont insidieux
  • Avec un capital vasculaire de mauvaise qualité.

Un test de dépistage rapide à grande échelle pourrait être envisagé si ces données se confirment et si les études précisent l’ensemble des paramètres effectifs (technique, coût, population…). De plus il sera nécessaire d’étudier, au-delà des stratifications de la maladie rénale chronique, la capacité de la créatinine salivaire à discriminer les patients malades des patients sains. Cela d’autant que les études chez les patients sains sont discordantes (Bader JS – Med J. 2015, Lasisi TJ – BMC Nephro 2016, Venkatapathy R – Int J Nephrol 2014).

 

Les plus du papier

  • Un concept très intéressant avec des applications concrètes et utiles
  • Un design permettant de se poser la question de la stratification de la maladie rénale chronique avec cette créatinine salivaire
  • Des statistiques utilisés appropriés

Les critiques

  • L’absence de prise en compte des facteurs confondants pouvant influencer le taux de créatinine salivaire : diabète, hypertension, maladies des glandes salivaires…
  • L’utilisation du DFG estimé et non mesuré pouvant induire des biais potentiels.
  • L’utilisation d’un seul prélèvement salivaire qui comporte des variations horaires. A contrario la créatinine plasmatique est relativement stable au cours du nycthémère (en dehors de phénomènes aigus).
  • Le peu d’informations sur la population utilisée.
    Juste sur le pourcentage de femme (61%) on peut supposer qu’elle n’est pas représentative de la population CKD.

 

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