BJN#205 – La Vancomycine n’est pas la seule coupable !

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BJN#205 – La Vancomycine n’est pas la seule coupable !

Cette BJN est rédigée en rapport avec la référence bibliographique suivante :

Covert KL, Knoetze D, Cole M, Lewis P. Vancomycin plus piperacillin/tazobactam and acute kidney injury risk: A review of the literature. J Clin Pharm Ther. 2020 Dec;45(6):1253-1263.

Lien vers l’article : Vancomycin plus piperacillin/tazobactam and acute kidney injury risk: A review of the literature

Merci à Magalie GENEVIEVE, Néphrologue à Périgueux, membre du Comité Scientifique du CJN, pour cette synthèse bibliographique. Vous aussi, n’hésitez pas à nous envoyer vos lectures !


Introduction

La néphrotoxicité de la Vancomycine est bien connue et survient chez 5 à 7 % des patients avec des doses standard. Des études ont mis en évidence qu’en association avec la Pipéracilline-Tazobactam la survenue d’une IRA est plus fréquente qu’avec une monothérapie par Vancomycine et/ou une bithérapie associant la Vancomycine et une autre beta-lactamine anti-pseudomonas. Le but de cette revue est de comparer l’incidence de l’IRA sous bithérapie Vancomycine et Pipéracilline-Tazobactam à une bithérapie associant la Vancomycine et une autre beta-lactamine.

Matériels et méthodes

La recherche bibliographique sur PubMed s’étend entre 2011 et mai 2020 utilisant comme mot clé Vancomycine, Pipéracilline-Tazobactam et IRA. Ont été exclus les articles évaluant exclusivement les enfants et/ou comparant une monothérapie par Vancomycine avec un autre groupe, les études de cas et les cas cliniques.

Résultats

Cette revue de la littérature inclut 18 études dont 14 études rétrospectives, 1 étude prospective et 3 méta-analyses. 10 études ont été ajustées devant des biais potentiels. Nous allons nous intéresser aux méta-analyses. Giuliano et coll ont publié une méta-analyse regroupant 15 études de cohorte représentant 3258 patients. La bithérapie Vancomycine et Pipéracilline-Tazobactam est significativement associée à un risque majoré d’IRA par rapport aux autres traitements comprenant la Vancomycine +/- en association avec une autre beta-lactamine (OR 3.649 , 95% CI : 2,2157-6,714). Hammond et coll, dans une méta-analyse de 14 études, ont aussi décrit une augmentation de l’IRA sous bithérapie Vancomycine et Pipéracilline-Tazobactam (OR 2,71 95% CI 1,72-4,27). Enfin, Luther et coll dans une revue incluant 24 799 patients inclus dans 15 études, rapportent 3 fois plus de risque de survenue d’une IRA sous bithérapie Vancomycine et Pipéracilline-Tazobactam.

 Conclusion

Beaucoup de données font suspecter une néphrotoxicité de la bithérapie Vancomycine et Pipéracilline-Tazobactam. Cependant l’interprétation de ces données doit être prudente car il faut garder en tête que les études sont rétrospectives, hétérogènes et comportent des biais.

Une durée courte <72 h de la bithérapie Vancomycine et Pipéracilline-Tazobactam est associée à une diminution significative du risque d’IRA. Ceci confirme que la bonne prise en charge du patient doit reposer sur une désescalade rapide de l’antibiothérapie probabiliste.

Les plus du papier

  • Cette revue s’intéresse à une bithérapie fréquemment utilisée chez les patients hospitalisés et dont la néphrotoxicité est sous-estimée.
  • La méthodologie est rigoureuse. Les précédentes études sont rétrospectives, avec un faible échantillonnage et une hétérogénéité des critères d’inclusion et d’évaluation.
  • Ce travail aboutit à des recommandations pour limiter la survenue d’IRA néphrotoxique.

Les critiques

  • Il existe un biais d’indication qui est peu détaillé.
  • Les mécanismes de cette néphrotoxicité ne sont pas détaillés.

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