BJN#108 – Quand les virus se mettent à prédire les infections…

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BJN#108 – Quand les virus se mettent à prédire les infections…

Monitoring of alphatorquevirus DNA levels for the prediction of immunosuppression-related complications after kidney transplantation

Merci à Betoul Schvartz, Néphrologue à Reims et membre du conseil scientifique du CJN, pour cette synthèse bibliographique. Vous aussi, n’hésitez pas à nous envoyer vos lectures !

Introduction

Les alphatorquevirus (ATV) (dont le torque teno virus), sont des virus ubiquitaires non pathogènes dont la prévalence est de 90 à 95% chez l’adulte. Ces virus ont la particularité d’être un bon marqueur du statut immunitaire des patients.

L’objectif est de comparer la charge virale d’ATV chez des patients greffés rénaux et la survenue d’infections post transplantation sévères (IPT) et d’effets indésirables liés à l’immunodépression (EILI) définis par les infections opportunistes et/ou les cancers de novo.

Patients/matériels et méthodes

Cette étude prospective, monocentrique, observationnelle, de cohorte a inclus pendant 2 ans tous les patients hospitalisés pour une greffe rénale en excluant les doubles greffes. Le suivi était d’1 an.

Les IPT sévères étaient définies par une nécessité d’antibiothérapie intra veineuse ou d’une hospitalisation. Les EILI étaient définis par les infections opportunistes et/ou les cancers de novo.

Les charges virales plasmatiques étaient mesurées par PCR temps réél à J0 (avant la greffe), J7, M1, M3, M6 et M12.

Résultats

221 greffés rénaux ont été inclus. 128 patients (57,9%) ont développé un total de 287 IPT et 51 patients  (23.1%) ont développé 65 EILI.

La charge virale d’ATV pour les patients greffés augmente entre J0 et M6 avec un pic à M6, puis diminue légèrement jusqu’à M12. Chez les patients recevant une induction par ATG, la charge virale est significativement plus élevée à M3. La conversion à un inhibiteur mTOR (22 patients) ne modifie pas la charge virale.

AU niveau immunitaire, les charges virales à M1 et M3 sont inversement corrélées au taux de CD3, CD4 et CD19.

Concernant le critère primaire, les patients qui ont développé au delà du 3ème mois une IPT ou un EILI avaient une charge virale à M1 plus élevée (respectivement p = 0.023 et p = 0,009).

Pour pouvoir l’utiliser dans la pratique clinique, une courbe ROC pour la prédiction d’IPT et d’EILI a été établie.  L’AUC était de 0.624 (95% IC: 0.517 – 0.732; p = 0.029) pour les IPT et de 0.704 (95% IC: 0.588 – 0.820; p = 0.002) pour les EILI avec un cut off de la charge virale optimal à 3.15 et 4.56 log10  copies/mL respectivement.

Ces données sont confirmées en analyse multivariée pour les IPT (HR ajusté : 2.88; 95% IC: 1.13 – 7.36; p = 0.027) et pour les EILI (HR ajusté: 5.17; 95% IC: 2.01 – 13.33; p = 0.001)

Enfin, une charge virale d’ATV importante à J0 est protecteur vis à vis d’un rejet dans les 90 premiers jours (HR ajusté: 0.69; 95% IC: 0.49 – 0.97; p= 0.034)

BJN 108 - Fig1

Conclusion

Suivre la charge virale d’ATV pendant les premiers mois de greffe permettrait de prédire les infections sévères, des cancers de novo ou des infections opportunistes dans la première année de greffe et ainsi peut être d’aider à mieux adapter le traitement immunosuppresseur.

Les plus du papier

Cohorte importante

Suivi longitudinal de 1 an

Les critiques

Monocentrique

Pas de groupe contrôle non immunodéprimé (sain ou insuffisant rénal)

PCR non standardisée

Conflit d’intérêt avec le laboratoire qui a fourni les réactifs

Nécessité d’études complémentaires pour déterminer la stratégie clinique et la place de la PCR ATV

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