BJN #281 – Le sport en hémodialyse, une meilleure survie ?
Bonjour !
Dr Julien Prouvot, de Nimes, nous propose cette BJN, merci à lui.
Cette BJN est rédigée en rapport avec cet article : The effect of intradialytic exercise on dialysis patient survival: a randomized controlled trial publié dans BMC nephrology par Mohammad Ali Tabibi et al.
Introduction
Les patients en hémodialyse chronique présentent une mortalité élevée, associée notamment au faible niveau d’activité physique, aux comorbidités cardiovasculaires, à la dénutrition et au déconditionnement. Si les études antérieures suggèrent des bénéfices de l’exercice sur la capacité fonctionnelle et la qualité de vie, son effet sur la survie restait incertain. Cette étude avait pour objectif d’évaluer l’effet de l’exercice intra dialytique sur la survie à 12 mois.
Matériels et méthodes
Cet essai contrôlé randomisé, ouvert, en groupes parallèles avec évaluation des critères en aveugle, a été réalisé dans un centre d’hémodialyse en Iran. Soixante-quatorze patients adultes en hémodialyse chronique trois fois par semaine depuis au moins un an, ont été randomisés en deux groupes. Le groupe intervention réalisait un programme combiné d’exercices aérobiques et de renforcement musculaire pendant la deuxième heure de dialyse, trois fois par semaine, pendant six mois. Les séances progressaient de 30 à 60 minutes et comprenaient échauffement, exercices aérobiques, renforcement musculaire et récupération. Le groupe témoin ne réalisait pas d’activité physique spécifique pendant la dialyse. Tous les participants ont été suivis pendant 6 mois après la fin de l’intervention, qui durait également 6 mois. Le critère principal était la survie à un an. Les critères secondaires comprenaient l’albuminémie, l’hémoglobine, l’hématocrite, la numération érythrocytaire, la calcémie, la phosphatémie, la PTH, le test de marche de six minutes et le Geriatric Nutritional Risk Index (GNRI).
Résultats
74 patients ont été inclus, l’âge moyen était de 64 ±12 ans ; 44 participants étaient des hommes. L’adhésion au programme d’exercice était de 81 ± 6 %. Deux patients du groupe intervention sont décédés, contre neuf dans le groupe contrôle. L’analyse de Cox univariée montrait un hazard ratio de mortalité de 0,17 (IC 95 % 0,04–0,80 ; p=0,02) en faveur du groupe exercice. Pendant les six mois d’intervention, des différences significatives entre groupes étaient observées pour tous les critères secondaires : dans le groupe exercice, l’albuminémie augmentait de 3,5 à 4,0 g/dL, l’hémoglobine de 10,0 à 11,7 g/dL, et le Geriatric Nutritional Risk Index (GNRI) de 92,8 à 101,1. La distance au test de marche de six minutes passait de 309 à 381 mètres, alors qu’elle diminuait de 323 à 283 mètres dans le groupe contrôle. La phosphatémie et la PTH diminuaient dans le groupe exercice. Aucun événement indésirable grave lié à l’intervention n’a été rapporté.
Conclusion
Les auteurs concluent qu’un programme d’exercice intra dialytique réalisé pendant 60 minutes trois fois par semaine, améliore la survie à un an chez des patients en hémodialyse. Les améliorations concomitantes de la capacité fonctionnelle, de l’état nutritionnel, des paramètres hématologiques et du métabolisme phosphocalcique pourraient contribuer à cet effet. Cependant, l’étude porte sur seulement 74 patients et le suivi est limité. De plus, l’analyse de survie débute à la fin des six mois d’intervention. Les auteurs soulignent la nécessité de réaliser des études de plus grande ampleur afin de confirmer l’effet de l’exercice intra dialytique sur la survie.
Les plus du papier
- Critère de jugement principal objectif
- Etude randomisée
- Bonne observance, en lien avec les conseils et rappels des bénéfices de l’activité physique, et l’adaptation de l’exercice à chaque patient
Les critiques
- Faible effectif, monocentrique
- Pas d’ajustement sur les comorbidités, bien que normalement équilibrées par la randomisation
- Suivi court, débutant à la fin de l’intervention (6 mois)

