BJN # 32 : Faut-il prescrire des antidépresseurs aux dialysés ?

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BJN # 32 : Faut-il prescrire des antidépresseurs aux dialysés ?

Sertraline Versus Placebo in Patients with Major Depressive Disorder Undergoing Hemodialysis: A Randomized, Controlled Feasibility Trial

Comme on peut le constater dans notre pratique courante, de nombreux patients dialysés souffrent de dépression (23 à 39% selon les études et les méthodes de diagnostic). Le traitement de la dépression chez les patients dialysés est mal codifié : les Inhibiteurs de Recapture de la Sérotonine (ISRS) sont largement utilisés, mais leur efficacité est loin d’être établie dans cette population.

Une équipe britannique a donc cherché a évaluer l’efficacité de la Sertraline chez les patients hémodialysés, dans un essai randomisé contrôlé contre placebo, avec suivi psychiatrique dans les 2 groupes. Le diagnostic de dépression était posé grâce au Questionnaire BDI-II et à un entretien psychiatrique, et l’échelle MADRS était utilisée pour le suivi.

 

Au total, 15 patients ont été inclus dans chaque groupe (1110 patients screenés), et 21 sont allés au bout du suivi (8 dans le groupe Sertraline, 13 dans le groupe placebo. Le Score MADRS était respectivement de 24.5 et 25.3 respectivement dans les groupes Sertraline et Placebo (correspondant à une intensité moyenne des symptômes). A 6 mois, le  score passait à 10.3 et 10.9  (intensité légère), sans différence significative entre les 2 groupes.

 

 

Que retenir de cet essai ?

  • Le faible effectif de cet essai (15 patients par groupe, alors que le nombre de sujet nécessaire était calculé à 30) ne permet pas d’écarter un effet positif de la Sertraline. Cependant, l’évolution strictement parallèle des 2 groupes laisse présager l’absence de supériorité de ce traitement en cas d’étude de plus grande ampleur.
  • Il s’agissait ici de patients très sélectionnés, et les résultats peuvent différer de la pratique courante.
  • Le suivi psychiatrique montre tout son intérêt dans la prise en charge de la dépression en dialyse, et est probablement un des piliers de la prise en charge.
  • Les arrêt de traitement sous Sertraline du fait d’effets indésirables furent nombreux ( plus de 25%), et la question de la tolérance du traitement peut se poser.
  • De nombreux patients ont refusé de participer, et les raisons avancées étaient notamment le “pill burden” de la maladie rénale chronique. Un article dans le même numéro du cjasn fournit des données similaires : 30% des patients refusaient le traitement antidépresseur qui leur était proposé.

Il reste donc de nombreux progrès à faire dans la prise en charge de la dépression en dialyse, que ce soit en terme de thérapeutique médicamenteuse, d’acceptation des traitements ou de prévention…

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