BJN #279 – La finerenone dans la MRC non diabétique
Merci à Guilhem Cavaillé, néphrologue à Marseille, de nous proposer cette BJN.
Le résumé est en rapport avec l’article suivant: Finerenone in Persons with Chronic Kidney Disease without Diabetes, publié dans le NEJM par Heerspink et al. en 2026.
Introduction
La maladie rénale chronique (MRC) non diabétique demeure aujourd’hui une cause majeure d’évolution vers l’insuffisance rénale terminale, tout en étant associée à une morbidité cardiovasculaire particulièrement élevée.
Cette réalité persiste en dépit des avancées thérapeutiques récentes, notamment l’optimisation du blocage du système rénine‑angiotensine‑aldostérone et l’introduction des inhibiteurs de SGLT2, qui ont profondément modifié le pronostic de nombreux patients.
Néanmoins, chez une proportion importante de malades, en particulier ceux atteints de glomérulopathies ou de néphropathies hypertensives, le risque de progression rénale demeure significatif, soulignant l’existence d’un besoin thérapeutique encore insuffisamment couvert.
Dans ce contexte, la voie du récepteur des minéralocorticoïdes s’impose comme un déterminant clé de la progression de la maladie rénale. Son activation favorise des processus délétères d’inflammation et de fibrose, contribuant à l’altération progressive et irréversible du parenchyme rénal.
La finérénone, antagoniste non stéroïdien de ce récepteur, a déjà démontré des effets bénéfiques significatifs dans la MRC associée au diabète (FIDELIO-DKD et FIGARO DKD) . Ces données ont conduit à formuler l’hypothèse selon laquelle son action pourrait s’étendre à la MRC non diabétique, en ciblant des mécanismes physiopathologiques largement partagés entre ces différentes entités.
Méthode
essai de phase III, multicentrique, randomisé, conduit en double aveugle, visant à évaluer l’efficacité et la tolérance de la finérénone chez des patients atteints de maladie rénale chronique non diabétique.
La population étudiée comprenait environ 1 580 patients présentant une MRC d’étiologies variées, incluant notamment des glomérulopathies et des néphropathies hypertensives.
Les patients devaient présenter une altération modérée à sévère de la fonction rénale, avec un DFG compris entre 25 et 90 ml/min/1,73 m², ainsi qu’une albuminurie significative (>200mg/g)
Les participants étaient randomisés pour recevoir soit la finérénone, administrée par voie orale à la dose de 10 ou 20 mg par jour, soit un placebo. L’ensemble des patients bénéficiait en parallèle d’un traitement standard optimisé, reposant notamment sur un blocage du système rénine‑angiotensine, conformément aux recommandations en vigueur.
Critère principal = Déclin de la fonction rénale (pente eGFR) sur 32 mois
Critères secondaires = Composite cardio-rénal ( insuffisance rénale terminale, ↓ eGFR ≥57, hospitalisation pour IC, décès CV ) Albuminurie
Tolérance = HyperK ++
Résultats
Au total, 1 584 participants ont été randomisés :
793 ont été affectés au groupe finérénone
791 au groupe placebo.
Le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) moyen (± écart-type) à l’inclusion était de 46,8 ± 16,2 ml/min/1,73 m² sous finérénone et de 46,6 ± 16,0 ml/min/1,73 m² sous placebo.
Le taux de variation annuel moyen du DFG estimé entre l’inclusion et le 32e mois était de −3,3 ml/min/1,73 m² ( intervalle de confiance [IC] à 95 %, −3,6 à −3,1) sous finérénone et de −4,0 ml/min/1,73 m² ( IC à 95 %, −4,3 à −3,8) sous placebo (différence : 0,7 ; IC à 95 % : 0,3 à 1,1 ; p < 0,001).


L’événement indésirable le plus fréquent était l’hyperkaliémie (135 participants [17,0 %] sous finérénone et 105 [13,3 %] sous placebo) ; les épisodes d’hyperkaliémie ont entraîné l’arrêt du traitement chez 12 participants (1,5 %) et 1 participant (0,1 %), respectivement, et une hospitalisation chez 7 (0,9 %) et 5 (0,6 %).
Discussion
Ces résultats confirment le rôle central du récepteur des minéralocorticoïdes dans la progression de la MRC, indépendamment du diabète. La finérénone agit principalement via des mécanismes antifibrotiques et anti‑inflammatoires.
Conclusion
La finérénone ralentit la progression de la MRC non diabétique et réduit le risque cardio‑rénal. Elle pourrait devenir un traitement complémentaire aux stratégies existantes de néphroprotection.
Points forts
- Essai randomisé contrôlé avec bon effectif (≈1600 patients) → niveau de preuve élevé
- Groupes bien équilibrés à l’inclusion (DFGe comparable)
- Résultat principal solide : Ralentissement significatif du déclin du DFGe (p < 0,001)
- Bénéfice clinique démontré : Réduction significative du critère composite rénal + cardiovasculaire (HR 0,77 ; p = 0,04)
- Cohérence physiopathologique
Limites
- Disponibilité en France …
- Limite importante : sous-utilisation des inhibiteurs de SGLT2 ( 17%) Les iSGLT2 (dapagliflozine, empagliflozine) sont aujourd’hui un standard du traitement néphroprotecteur
- Effet peu important si PTU faible comme les inh du SGLT2
- Effet modeste sur les critères secondaires : Résultats non significatifs pris séparément pour rénal et cardiovasculaire
- Risque accru d’hyperkaliémie ( mais peu de formes graves) → nécessite une surveillance biologique rapproché
- Effet modeste sur les critères secondaires : Résultats non significatifs pris séparément pour rénal et cardiovasculaire

